Il y a des matériaux qui résistent. La mousse, notamment : on croit la maîtriser, et puis elle impose sa logique propre, sa mémoire élastique, son refus des angles droits.

Ce mois-ci, j’ai repris un personnage commencé l’hiver dernier — un ours de foire, un peu las, un peu sage, avec des yeux qui regardent légèrement de côté. La tête était faite, mais elle manquait de caractère. Trop lisse. Trop correcte.

J’ai tout retaillé. Pas en refaire un, mais en creuser ce qui était déjà là.

## Ce que j’ai appris

Travailler la mousse froide est différent. La lame doit être propre, le geste décidé. Une hésitation laisse une trace que rien ne rattrape — ni ponçage, ni peinture. Ces traces deviennent soit des accidents heureux, soit des erreurs figées.

J’ai aussi redécouvert les yeux en verre soufflé que j’avais commandés il y a longtemps et laissés dans un tiroir. Ils captent la lumière autrement que les yeux acryliques. Le personnage “regarde” vraiment, d’une façon qu’on ne sait pas tout à fait expliquer.

C’est ça, le moment où la marionnette commence à exister indépendamment de la main qui la fabrique.

## Sur l’établi en ce moment

L’ours est terminé — il attend son costume. Un renard est en cours, commandé par un conteur de Fribourg. Et quelques essais de tissus imprimés pour un scarabée dont le projet est encore flou.

La prochaine fois, je parle du renard.

— l’atelier, Mannheim, juin 2026.